•                        La philadelphia et l’ubuntu 

     

    La philadelphia , terme grec traduit par l’amour fraternel, est un concept biblique qui n’est pas sans ressemblance avec un concept africain, l’ubuntu, dont il se distingue néanmoins. 

    L’ubuntu : 

    Il s’agit d’un concept philosophico-religieux d’Afrique du Sud, propre à la culture des peuples bantous émigrés vers 1300 et véhiculé par les langues zoulou et xhosa.

    Le terme bantou signifie «  les hommes ». 

    Ce concept est défini par la formule zoulou suivante :

    « Umuntu ngumuntu ngabuntu », ce qui peut être traduit ainsi : une personne est une personne à travers les autres personnes, ou encore : on ne peut être une personne qu’à travers les autres. 

    L’ubuntu se comprend au sens large comme un sentiment d’appartenance à la communauté des hommes, d’unicité de la nature humaine, le tout dans une perspective de coopération, de partage et de solidarité.

    C’est cette notion d’appartenance au groupe, d’interdépendance dans la communauté des humains qui fonde l’ubuntu, dans un esprit de respect, de compassion et d’empathie.

    Ce principe est si prégnant, si ancré dans la culture zoulou, qu’il permit à Nelson Mandela, lorsque le président Frederik De Clerk abolit l’apartheid en février 1991, d’éviter des actes de vengeance et de violences prévisibles, en appelant ses frères de couleur à s’y référer et à s’y conformer. A cet effet, il mit en place la commission « Vérité et Réconciliation » en 1995.

    C’est ainsi que l’Afrique du Sud échappa à la guerre civile. 

    C’est à ce même principe de solidarité que fit appel Bill Clinton dans nombre de ses conférences sur la mondialisation :

    - En septembre 2006, il disait ceci ; « society is important because of ubuntu ».La société est importante à cause de l’ubuntu !

    En d’autres termes, c’est l’ubuntu qui fonde la société ! 

    L’enracinement religieux de l’ubuntu : 

    http://www.lesbantous.fr/index.php 

           Comme chez tous les autres peuples du monde, on rencontre des idées de croyances liées à l’être humain, à la nature, et aux relations que celui-ci entretient avec la nature. Si l’on considère que l’humain croit la plupart du temps en l’existence d’un être supérieur, qu’il symbolise à sa manière, chez le bantou originel, cette symbolisation a pour support l’idéologie animiste.

    LA RELIGION 

     On distingue chez les bantous, deux types de sociétés animistes : Les sociétés animistes monothéistes qui considèrent qu’il n’y a qu’une âme unique qui habite les objets et croient en un dieu créateur unique. Et Les sociétés animistes polythéistes qui croient qu’il y a une âme dans chaque objet et croient en plusieurs dieux. 

    L’ubuntu, un concept religieux inscrit dans la culture : 

    Si à l’origine l’ubuntu découle d’une conception religieuse, il s’inscrit avec le temps dans la culture des peuples africains qui s’en revendiquent. Son principe d’appartenance à la communauté des hommes, qui participe de la pensée animiste selon laquelle tout objet de la nature est doté d’une âme, s’inscrit dans la pratique comme un élément culturel de première importance. C’est ainsi que comme le terme bantou le signifie, l’Homme est perçu comme étant un élément central de la création et donc de la nature.

    On serait donc tenté de voir dans l’ubuntu une forme d’humanisme à consonance religieuse fondée sur l’idée d’une commune origine des hommes. 

    La philadelphia : 

    L’ubuntu ressemble par nombre de ses aspects à la philadelphia. L’importance qu’il accorde aux notions de solidarité, de partage, de respect de l’autre ne nous laisse pas insensibles.

    Comme nous l’avons vu, l’ubuntu est fondé sur l’appartenance à une même espèce, à une même famille , celle des hommes. 

    Or, précisément, la philadelphia s’en distingue radicalement par ses fondements et par les ressorts qui la mobilisent.

    Alors que l’ubuntu puise ses ressources dans le terreau de l’humain, la philadelphia plonge ses racines dans le terrain sacré de l’amour divin. Le premier se nourrit de ce qui est terrestre, passager, fragile et charnel, la seconde s’alimente à une source céleste, spirituelle et éternelle.

    La philadelphia ou l’amour fraternel, désigne littéralement le sentiment de bienveillance, d’amitié , de gentillesse que doivent  manifester les enfants de Dieu.

    Or, ce qui caractérise cette fraternité, c’est qu’elle ne découle pas des liens de la famille humaine mais de l’ordre surnaturel de la filiation divine établie en Christ et par Christ, filiation spirituelle qui introduit le croyant dans la famille des enfants de Dieu.

    Cet amour fraternel, qui se nourrit de l’amour divin, de l’agapè, trouve là une source inépuisable à sa croissance et à son développement. 

    Par ailleurs, le principe de l’ubuntu, selon lequel « on ne peut être une personne qu’à travers les autres » se démarque radicalement de la pensée biblique selon laquelle «  on est une personne parce que Dieu nous a créés comme tels et parce qu’Il nous aime comme personne unique ».

    L’ubuntu peut donc être conçu comme une forme d’existentialisme fondé sur l’existence de l’autre sans lequel l’homme, en tant que personne, n’est point. 

    Dès lors, l’ubuntu, qui à bien des égards s’apparente à la philadelphia et nous le rend sympathique, ne peut nous apparaître que comme une imitation humaine d'un des effets extraordinaire de l'oeuvre divine .

    Toutefois, ne faudrait-il pas y voir, dans la générosité qu’il véhicule, un des effets mystérieux de la grâce de Dieu ?

     

                                                                                            Jean-Marc Ausset, mars 2013

    Yahoo!

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :